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19 November 2005

London Apprentice

English version

Primrose Street, Shoreditch

Shoreditch Town Hall

Heliogabale, Clapton Common, Hackney

The Old Ship, Limehouse


Wolfgang Tillmans
vient de publier un nouveau recueil, Truth Study Center. Pour moi il incarne toujours un Londres retrouvé et resté intact dans sa puissance suggestive. Il est fascinant que ce soit un jeune photographe allemand qui ait produit les visions les plus fantasmatiques et entêtantes, et donné corps de façon si jubilatoire à la ville que j'habitais intellectuellement, émotionnellement et sexuellement. Comme moi il est arrivé là à la recherche d'un mythe libérateur dont seule l'Angleterre semblait être capable (il aimait Boy George, je ne jurais que par Bowie et Morrissey) et c'est le pouvoir de la ville imaginée qui a engendré des visions empreintes d'un tel désir, d'une attraction permanente vers la beauté des surfaces, que ce soit dans les natures mortes, les vue aériennes de villes, des hommes qui les hantent ou les phénomènes cosmiques. Il existe en allemand un mot magnifique qui pour moi résume l'éxubérance vitale de sa photographie et l'incroyable étendue de son champ d'inspiration: sehnsuchtsvoll, mot dont le français ne pourrait rendre compte qu'à l'aide de périphrases sans fin - le fait d'être investi d'un désir puissant et comme porté dans un élan irrépressible vers le monde et sa prolifération sensuelle.

La photographie de Tillmans et l'œil qu'il porte sur les choses produisent en moi une sorte de jubilation presque panthéiste. Ma première exposition remonte à plus de dix ans. C'était dans une petite galerie de Beck Road, l'une des dernières rues de l'East End à faire un effet étrange, coupée en deux par un viaduct de chemins de fer. L'accrochage des photos était saisissant et l'ensemble qui avait investi tous les étages de cette petite maison victorienne eut l'effet d'une bombe. L'impact de cette vision me poursuivit au dehors et se répandit sur toute la ville ce samedi après-midi, jusque dans ma chambre où je voyais le soir venir dans une excitation intenable. Je suis resté longtemps obsédé par l'image d'un jeune skin offert frontalement dans une position de hierophante dans une rame de métro, deux pinces à seins reliées par une chaîne pendant sur son torse. Cette photo est devenue emblématique du Londres que je desirais à n'en plus pouvoir et dont l'épicentre était le London Apprentice, un pub immense et caverneux de Shoreditch pris dans un enchevêtrement de ponts de chemins de fer et d'anciennes gloires victoriennes, et sans doute l'un des mythes les plus puissants de la scène homo londonienne d'il y a dix, douze ans. La charge érotique du lieu était phénoménale. On baisait dans les voitures garées autour de Hoxton Square, qui avant d'être investie par les galeries d'avant-garde et de curieux jeunes gens en grosses lunettes et anoraks en nylon était complètement plongée dans l'obscurité et à la limite du coupe-gorge, ou on allait se toucher collectivement la bite sous les ponts les dimanches d'hiver, quand on ne se branlait pas simplement tout seul contre les murs. Il me semble y avoir vu le Man pissing on Chair de Tillmans projeté sur grand écran un soir, bien que je n'en sois plus tout-à-fait sûr. Par la suite Shoreditch fut balayé par l'hystérie médiatiquement ourdie de Cool Britannia et le London Apprentice, qui dans les derniers temps était tombé sous le coup de lesbiennes radicales qui ne comprenaient pas qu'on ait pu leur en interdire l'entrée et paradaient fièrement comme des coqs dans une atmosphère de fin de règne, fut investi par ces nouvelles foules, sans doute titillées à l'idée d'occuper le dernier bastion pédé pur et dur de tout Londres et de siroter leur Budvar sur le site de l'ancienne backroom.

Dans Truth Study Center c'est Londres qui continue sans moi. Il y a quelques très beaux nus dans ce livre. Les prises d'entrejambes en contre-plongée sont à la fois d'une force plastique et d'une délicatesse fascinante, la compacité de la queue à peine fermée sur son gland et les traînées de poils sombres menant au cul, peut-être un bar de baise sous les arches de chemins de fer à Southwark. Il y a aussi une image plus ancienne que j'avais vue à la rétrospective de la Tate il y a deux ans. Elle s'intitule The Bell, du nom d'un pub de Kings Cross qui au début des années quatre-vingt-dix faisait figure de seul lieu alternatif et passait la meilleure musique, avec Bowie et Morrissey érigés au rang de divinités tutélaires et leurs jolis adorateurs à flat tops. C'est l'image du grand urinoir, un long réceptacle en acier inoxydable constellé de petits blocs de désinfectant bleus et jaunes fondant sur la surface lisse et brillants comme des lucioles, avec un mégot noyé en plein milieu. Là l'homme que j'étais venu voir dans ma jeunesse m'a quitté pour un autre. Je suis finalement parti de Londres sans l'avoir revu mais eux sont restés dans ce que je ne connaîtrais plus, et d'une certaine facon je les envie de pouvoir continuer à voir cete ville dans son devenir. C'est par Tillmans que je veux la contempler de loin et la désirer encore de toutes mes forces.

 

In with the Hoxton Boys

Leonard Street, Shoreditch

A new Wolfgang Tillmans anthology, Truth Study Center, has just come out. For me Tillmans's photography has always been and remains the best evocation of London I know. It's remarkable that a young German artist should have so consistently given shape to the most exhilarating images of the city I was intellectually, emotionally and sexually inhabiting. Just like me he'd come to England searching for the sort of liberating myth only that country was capable of (he was in awe of Boy George, I was more of the Bowie/Morrissey school of gloom) and the power exerted by the fantasised city produced images full of an exuberant, all-encompassing desire and attraction to the shimmering surfaces of things, whether in the simplest still lifes on a window ledge, aerial views of boundless cities, close-ups of human bodies or planetary phenomena on a macrocosmic scale. There is in German a beautiful word that could sum up the vital drive of his photography and the extraordinary scope of his vision: sehnsuchtsvoll, which can be conveyed in English only in a very approximate way - to be full of a teeming, irrepressible desire towards the world and its sensuous proliferation.

Tillmans's photography and the extent of its experimentations trigger in me a sort of jubilation bordering on pantheism. The first exhibition I saw took place twelve years ago in a small gallery on Beck Road -  eerie and split in two by the Liverpool Street railway viaduct, one of the last streets in East London to feel like a time warp. The hanging of the pictures was chaotic and unlike anything else, and the show, which filled the tiny terraced house from top to bottom, had the effect of a bomb. A feeling of intense excitement took hold of me and as I left the place the whole city seemed transfigured by what I'd just seen. It was a grey Saturday afternoon and back in Stoke Newington I sat at my desk and looked out at the lit up houses across the garden, unsettled and full of the anticipation of the night to come. I'd got a picture from the exhibition which I stuck to the wall. It was a young skinhead standing spreadeagled on a tube carriage, his chest crossed by a heavy chain linked to two nipple clamps. This picture became iconic of a London which I wanted to possess and whose epicentre, the crowning glory where all was revealed to me, was the London Apprentice, an awesome, cavernous affair caught in a tangle of railway bridges and old Victorian showrooms, and without doubt the most enduring, heady myth of the East London homo scene even ten years after its closure. The erotic charge of the place was phenomenal. People fucked in the back of cars parked around Hoxton Square, which, before becoming the edgy hotbed of Britain's regained prevalence in the art world and a prime hang-out for skinny, young things in nylon anoraks and big glasses, was totally deserted and an extremely rough place to boot. Others went off to the bridges at closing time for a collective wank in some unlit recess. I think I saw Tillmans's Man pissing on Chair projected onto a big screen one night, but I'm not quite sure anymore. Then the Cool Britannia collective hallucination, media-induced as it was and relatively short-lived once the joint effects of high rents, the appearance of a less refined clientele and widespread delusion in 'New Labour' had started to kick in, swept through Shoreditch and changed it for ever, whilst the London Apprentice, which by then had been picketed by radical lesbians bent on storming the last bastion of arrogant maleness and parading around its bar like peacocks - which they eventually managed to do in a depressing atmosphere of irreversible decline - was after extensive refurbishment taken over by new crowds who certainly got a bit more than titillated at the prospect of sipping Budvar on the site of the old backroom.

In Truth Study Center London goes on without me. There are a few very beautiful nudes in it. The low-angle shots of male crotches have both a plastic simplicity and a fragile, fleshy softness that are fascinating to look at, with the fullness of the cock delicately enveloping the head and dark hair covering the thighs and bum, and were maybe taken somewhere under railway arches in South London. There's also an older picture which I'd seen at the Tate retrospective. It's entitled The Bell, after the Kings Cross pub which in the early nineties was possibly the only true alternative place to play decent music, with Bowie and Morrissey as tutelary divinities and crowds of cute, flat top sporting boys. The picture shows a large, oblong stainless steel urinal with cigarettes ends drifting between tiny blue and yellow disinfectant cubes, gliding and glistening like fireflies. At The Bell the man I'd come to see in my youth left me for somebody else before my very eyes. Fifteen years later I left London without ever seeing him again and somehow I envy them for continuing to see the city in its changes and mutations. My desire of it is kept intact and vibrates through Wolfgang Tillmans's photography.

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